Auteur : Claudia S

  • Merci pour l’été 2025

    Je vis dans un appartement baigné de lumière, face à une aire de jeux arborée. Depuis mon étage, les grandes baies vitrées m’offrent un poste d’observation privilégié sur les changements de saisons au fil des mois.

    Aujourd’hui, l’air est doux, le soleil franc, et les arbres n’ont encore rien cédé de leur feuillage verdoyant. C’est une journée de début septembre qui semblerait presque printanière. Ce vert que j’aime tant virera bientôt à la rouille sous le ciel gris de l’automne. Les journées se feront plus courtes et s’alourdiront sous le poids des obligations et la cadence effrénée de la vie citadine.

    Avant d’être emportée par tout cela, je veux prendre un moment pour immortaliser la séquence qui s’achève.

    J’écarte volontairement une rétrospective de lectures, podcasts, interviews et autres contenus qui m’ont édifiée, divertie et réconfortée pendant les moments (ils ne manquent jamais) de doute, de fatigue ou de tristesse. Ce sera l’affaire d’un autre jour.

    Cette fois-ci je veux retranscrire ici l’énergie et les instants lumineux qui m’ont transportée loin de mes tracas quotidiens et mes batailles silencieuses.

    Voici donc une promenade en images et en mots, une mosaïque de paysages, saveurs et expériences qui ont marqué mon été. Un bel été somme toute.

    A très vite pour la suite.

    Et comme toujours, merci de me lire !

    Taverne Grecque. Corfou, mai 2025
    Combien de photos de jardins et de plantes une fille doit-elle avoir dans sa galerie? La réponse dans mon prochain Ted Talk. Le lieu de l’événement? Les jardins du palais de Sissi à Corfou. Mai 2025
    Une belle découverte. Je recommande les yeux fermés pour des plats aux inspirations italiennes, frais, faits minute, savoureux et abordables avec une vue panoramique sur Corfou. Mai 2025
    En mer et en hauteur à Paleokastritsa. Une étape immanquable de la découverte de l’île grecque de Corfou. Bateau, raviolis frais, limoncello spritz et visite de monastère. Peut-être la plus belle journée de mai 2025.
    Café artistique en sortant de la baignade matinale à Perama. Mai 2025
    Café albanais. Un charmant gérant qui s’efforçait de communiquer en anglais et d’accompagner chaque commande d’un mot encourageant. Mai 2025
    Annecy, enfin ! Depuis le temps que je voulais découvrir la Venise des Alpes et les lacs qui l’entourent, Annecy était très haut dans ma liste mais elle s’est faite désirer. En Août 2025, l’opportunité s’est finalement présentée et j’ai passé une formidable journée ensoleillée entre baignade, balade en bateau et vue imprenable sur les montagnes. L’attente en valait vraiment la peine, la région est une véritable pépite de France.
    Un diner, plus joli que bon au Domaine de la Reine Margot. Rien de transcendant (surtout au regard des prix pratiqués) mais les cocktails et le cadre ont quelque peu sauvé la célébration d’une occasion spéciale. 09 juillet, Issy-les-Moulineaux.
    Finalement une city girl à Florence. Ah la Toscane ! S’il y a bien une destination que j’ai fantasmée et que je voulais visiter depuis un long moment, c’est indéniablement Florence. Toute chose vient donc à point à qui sait attendre… Parfaite en tous points: gastronomie, architecture, sculpture, héritage, villas somptueuses, panoramas viticoles. Bref, l’art de vivre à l’italienne qui en fait une destination qui ne déçoit jamais.
    La vue depuis Ribeo, mon restaurant coup de coeur à Florence. Juillet 2025
    Poggio Torselli, dans le terroir du Chianti pour une dégustation de vin et la visite d’un domaine époustouflant. Encore une belle journée, marquée par une chaleur écrasante et des rencontres surprenantes. Juillet 2025.
    Musée Gucci et parfumerie Santa Maria Novella à Florence. Le savoir faire, l’héritage et le beau. Un régal pour les sens. Juillet 2025
    Capturer les belles lignes et le travail soigné. Le beau est partout. Florence, Juillet 2025.
    Petit détour par Bologne, son unique centre historique sculptural (et redondant), et visite de la maison commune. Imaginez, vous venez de dire « oui » à votre moitié et vous descendez rejoindre vos invités et tous ceux qui vous aiment via cet escalier somptueux.. Vraiment, il n’y a pas à dire, les italiens savent y faire !
    Exceptionnel séjour à l’hôtel Miura, au pied des Alpes. Je vous recommande l’expérience staycation pour profiter à prix avantageux des boisssons au bar Dario, du spa très bien équipé, du petit-déjeuner qui n’a rien à envier aux brunchs hors de prix de Paris et d’une chambre moderne avec mobilier soigné. Prévoyez aussi un dîner au très bon restaurant Zélie. Une pause bien-être et gourmade pour ce weekend d’août. Un sans faute, si on me demande.
    Tranquillité et dépaysement à portée de métro dans les jardins de la Grande Mosquée de Paris. Je me répète mais le beau est partout et parfois plus accessible qu’on ne le croit. Aout 2025

    FIN.

  • « Rien de grave? », comment la misogynie médicale impacte la santé des femmes

    Le temps durant lequel j’ai pu savourer et m’envelopper dans l’amour inconditionnel d’une mère a été bien trop court : elle nous a quittés à l’aube de mon adolescence. Pour autant, et je m’en estime heureuse, je n’ai pas ressenti le manque de présence féminine. Dans mon quotidien, et à chaque étape clé de mon développement, j’ai pu compter sur une tante, une sœur, une cousine, une amie pour me tenir la main.

    Durant nos retrouvailles et moments de partage, je suis depuis toujours saisie par les mines terrifiées et l’inconfort handicapant qu’expriment souvent de nombreuses femmes. Elles comparent leurs souffrances menstruelles et s’échangent des astuces en tout genre (bouillottes, calmants, tisanes… etc.) pour les atténuer.

    Mes premières règles sont arrivées quelques jours avant la rentrée au collège. Je me suis sentie chanceuse d’échapper au mal-être qui me paraissait le lot inévitable réservé à toutes les femmes. Armée d’une brève initiation à la routine de protection et d’hygiène intime à observer soigneusement durant ces 5 jours mensuels, et d’une mise en garde évasive sur les risques d’une grossesse précoce, j’ai commencé ma vie menstruelle dans un relatif confort.

    J’ai perdu ce confort à l’approche de la trentaine, où j’ai connu une détérioration sévère de ma santé gynécologique et obstétrique. Endométrite, syndrome dysphorique menstruel, insomnies hormonales, adénomyose et autres troubles se sont installés insidieusement dans mon quotidien. Aujourd’hui, ils pèsent lourdement sur ma qualité de vie, mes projets et ma santé globale.

    « Mes saignements menstruels sont tellement abondants que je dois programmer plusieurs alarmes la nuit pour changer mes protections hygiéniques. »

    « Je n’ai que 4 jours de répit dans le mois où je ne subis pas des souffrances indicibles qui m’empêchent de travailler, de faire du sport, ou tout simplement de passer des moments de qualité avec ma famille. »

    « Mon médecin rechigne à me prescrire des examens complémentaires pour identifier mes problèmes de santé. »

    « Les médecins m’ont reproché un manque d’efforts et de discipline alors même que je souffrais de problèmes de thyroïde non diagnostiqués qui causaient ma prise de poids. »

    « Des infections mal soignées ou ignorées m’ont causé des fausses couches à répétition. »

    « J’ai dû accoucher seule sur un parking car l’équipe médicale pensait que j’exagérais les douleurs de contraction. »

    « Ma santé mentale s’est considérablement détériorée depuis mon accouchement, mais je ne parviens pas à me faire aider. »

    « Je n’ai pas eu le suivi nécessaire après mon accouchement et j’ai souffert d’incontinence et de douleurs handicapantes jusqu’à ce qu’on m’aide avec une opération. »

    « J’ai subi plusieurs examens gynécologiques sans anesthésie et sans mise en garde honnête sur la douleur. »

    « Mes symptômes n’ont pas été entendus par les équipes médicales alors que je savais pertinemment que je faisais une crise cardiaque. »

    Autant d’histoires qui pourraient être les miennes, ou celles d’une amie, d’une sœur, d’une compagne, d’une mère, d’une femme en vie, en lutte, ou déjà partie.

    Au Royaume-Uni, la journaliste bien connue Naga Munchetty a brisé le silence en mai 2023, évoquant sur Radio 5 Live « des douleurs constantes, lancinantes » dues à l’adénomyose, un trouble trop souvent ignoré. Diagnostiquée à l’âge de 47 ans, après plus de 30 ans de consultations infructueuses, elle a sensibilisé de nombreuses personnes.

    Sur YouTube, les extraits de ses entretiens et discussions dépassent souvent les 100 000 vues et attirent des milliers de commentaires, reflétant l’impact de ses prises de parole dans les médias. Cette dynamique l’a conduite à l’écriture de son premier ouvrage, It’s Probably Nothing : Critical Conversations on the Women’s Health Crisis, publié le 24 avril 2025.

    Le livre rassemble de nombreux récits, tous saisissants ; témoignages de médecins experts, chiffres et études nationales rendent compte des difficultés chroniques, de l’errance médicale, des drames humains et de souffrances déchirantes. Naga Munchetty soutient que ces maux entravent considérablement la capacité de nombreuses femmes à « atteindre leur plein potentiel », à contribuer positivement à la société, à vivre en bonne santé.

    L’autrice dresse un état des lieux alarmant sur la santé des femmes, depuis les fondements biaisés de la médecine dédiée aux femmes, jusqu’à la création moderne du concept de misogynie médicale « medical misogyny ». Cette terminologie décrit la difficulté des femmes à faire entendre, malgré la connaissance unique qu’elles ont de leur corps, la gravité de leurs souffrances – particulièrement gynécologiques et obstétriques – par les professionnels de santé (hommes ou femmes), en raison des biais de genre.

    À ce biais structurant, il faut également ajouter des circonstances aggravantes de biais liés aux minorités ethniques ou religieuses, au statut social réel ou perçu, au racisme, à l’âgisme ou parfois à la barrière de la langue. Les conséquences ? Un manque de moyens et de recherches dédiées, une prise en charge dégradée et des femmes abandonnées à des souffrances physiques et mentales qui pourraient être évitées ou mieux accompagnées.

    Ancré au Royaume-Uni et contextualisé sur son système de santé, le livre n’en reste pas moins pertinent pour décrire des réalités universelles qui traversent les géographies, voire même les frontières entre les pays aux systèmes de santé plus ou moins développés.

    Ce livre peut être un éveil et un outil pour chacun et chacune. On ne sait jamais quand on aura besoin de contester un diagnostic, de défendre sa partenaire, une proche ou une personne en difficulté lors d’une prise en charge ou d’un parcours médical. Et pour faire entendre cette voix, il faut être éduqué, informé et outillé.

    À titre personnel, je suis reconnaissante à Naga Munchetty d’avoir utilisé sa voix, son métier et ses moyens pour livrer cet ouvrage qui a été salvateur pour moi et que je juge absolument nécessaire. Je la remercie de me tenir la main et de perpétuer cet héritage de sororité qui me suit depuis toujours. J’espère, moi aussi, y contribuer de manière positive.

    Si le livre vous intéresse, je vous exhorte à l’acheter. Si vous connaissez quelqu’un qui a besoin de le lire, pensez à lui offrir (il peut s’obtenir en ligne ou auprès de personnes résidant au Royaume-Uni). Je suis également disposée à vous prêter mon édition personnelle.

    J’espère une traduction rapide et accessible pour édifier le public francophone et le plus grand nombre, qui mérite – on ne saurait trop le répéter – une éducation renforcée et des outils pratiques pour accéder à une meilleure qualité de vie. C’est notre droit à toutes.

    Prenez soin de vous. Prenons soin les un(e)s des autres.

    PS : quelques ressources complémentaires avec sous-titrage disponible en français :

    Naga Munchetty on Medical Misogyny: ‘I Lived in Pain for 32 Years’: https://www.youtube.com/watch?v=Gm12Y7y1m3Q&ab_channel=Lorraine

    Naga Munchetty sur les difficultés cachées des soins de santé pour les femmes : https://www.youtube.com/watch?v=zibDYONYjq0&ab_channel=DrLouiseNewson


    SOPK, adénomyose, peau et confiance en soi : Valérie Ayena et Raïssa Dora brisent le silence: https://www.youtube.com/watch?v=2fEJT01HB4g&ab_channel=DrCeciliaLOKROU

    Français : Enquête inédite Ipsos x FHF « Santé des femmes » : Quand les biais sexistes compromettent la santé des femmes : https://www.fhf.fr/actualites/communiques-de-presse/enquete-inedite-ipsos-x-fhf-sante-des-femmes-quand-les-biais-sexistes-compromettent-la-sante-des

  • Les champions jettent, les autres ramassent

    Dans la nuit du samedi 31 mai, lors de la consécration du Paris Saint-Germain au titre de champion d’Europe de football, les scènes de liesse dans la capitale m’ont laissé un goût d’amertume.

    Sans déjouer les prédictions, les médias télévisés et les réseaux sociaux ont rapidement rapporté des dégradations dans l’espace public. Ces comportements sont le fait de casseurs et d’amateurs de rixes opportunistes qui, en plus de s’attaquer au mobilier urbain, aux entreprises et aux propriétés privées, méprisent totalement les agents chargés de la propreté de la ville. J’étais peinée en imaginant l’étendue de la tâche qui attendait ces travailleurs.

    Si encore ces débordements restaient l’exception, on pourrait les ranger au rang des excès ponctuels — aussitôt exploités pour relancer la rengaine classiste et raciste sur la prétendue vulgarité du football, sport « de masses », et l’incivilité congénitale de ceux qui l’aiment.

    Mais ces scènes se rejouent, inlassablement, à chaque grand rassemblement public : concerts, manifestations, défilés… Ce n’est plus l’exception, c’est devenu la norme. Et l’alibi footballistique, bien pratique, masque une réalité plus vaste et plus inquiétante.

    Murielle Dumas est une figure emblématique du journalisme en France depuis près de trente ans. Elle a consacré sa carrière à la réalisation de sujets documentaires et à l’animation d’émissions primées telles que Bas les Masques et Vie privée, vie publique. Fidèle à son style mêlant, immersion et écoute empathique, elle a publié en 2020, avec Denis Demonpion, journaliste et biographe, Des ordures et des hommes, un clin d’œil à l’œuvre majeure de John Steinbeck où, comme lui, elle décrypte la réalité de travailleurs précaires : en l’occurrence, les agents de la propreté de la ville de Paris.

    Les deux journalistes vont à la rencontre d’une unité d’élite – la Fonctionnelle – semblable au GIGN, qui déploie son action sur des missions périlleuses, exige un engagement lourd et infaillible, et permet une certaine évolution hiérarchique et sociale aux quelques 300 hommes et la poignée de femmes qui la compose. Ils mettent également en lumière les rouages du métier, la lente féminisation de la profession, l’ampleur du gaspillage, de la surconsommation, et les défis écologiques de notre époque.

    Issu d’un reportage pour France 2, le livre donne la parole aux travailleurs venus d’Afrique, aux ruraux devenus franciliens d’adoption, aux petits jeunes comme aux plus âgés reconvertis dans la propreté, par manque d’alternatives professionnelles ou attirés par la sécurité d’un emploi de fonctionnaire face à une réalité économique morose. Il éclaire des parcours d’hommes aux rêves brisés, bien trop souvent écorchés par la vie, exerçant un métier pénible, marqué par l’éternel recommencement au contact de l’insalubrité, des démunis, du danger et du mépris social.

    À bien des égards, ce livre est instructif et se révèle une lecture fondamentale pour quiconque souhaite lever le voile de l’invisibilité jeté sur les agents de la propreté de la ville de Paris.

    Autant au niveau collectif qu’à titre individuel, notre gestion des déchets traduit les valeurs de vivre-ensemble que nous avons en partage – ou qui nous font défaut : la protection de notre espace commun, la considération des métiers essentiels et pénibles, ou encore l’éducation des générations futures. C’est donc une question de sens commun et de sens civique.

    À titre personnel, je crois de moins en moins à un changement des comportements sans des mesures de coercition fortes (surveillance accrue, amendes exemplaires, « name & shame »…). Je désespère de devoir rogner des libertés fondamentales pour maintenir un cadre de vie sain, qui bénéficierait pourtant à tous et nous maintiendrait du côté des sociétés civilisées.

    En attendant un sursaut miraculeux, réassénons une énième fois que la célébration, toute joyeuse et historique soit-elle, ne peut autoriser de tels comportements outranciers et inciviques au mépris du labeur des autres.  

  • L’inventaire des rêves, ou les illusions perdues

    Dans un souci de fidélité à la ligne éditoriale choisie pour ce blog, ce post se doit de rapporter une anecdote. Celle du jour concerne les rêves.

    Nous sommes à Washington D.C., en 2012. Je partage ma chambre sur le campus avec Heather. Heather est aveugle. Elle se déplace avec une canne. Elle est autonome, joyeuse, et a de magnifiques yeux bleus. À cette époque, je suis persuadée que ma curiosité m’oblige à enfoncer toutes les portes, sans retenue, parfois sans empathie.

    « Mais toi, comment tu rêves ? », je lui demande un matin au réveil.

    « Je rêve de la même manière que j’expérimente le monde », me révèle Heather.

    J’apprends donc que la vue n’est pas indispensable pour rêver. Sans images, les non-voyants mobilisent d’autres sens pour vivre cette perte de conscience, de contrôle et de contact avec la réalité, où les possibilités les plus improbables peuvent se manifester.

    Ayant admis l’inclusivité et l’accessibilité des rêves, une question vient me troubler bien des années plus tard : les rêves sont-ils légitimes ?

    Dans mon dictionnaire, les rêves s’opposent aux objectifs.

    J’accueille volontiers ces derniers et je me tiens toujours prête à les réviser, ajuster et recadrer dans le cheminement vers ma transformation personnelle. Depuis peu, je m’efforce aussi de les déconstruire et je les abandonne parfois, soulagée.

    Pour ce qui est des rêves, mon appréciation est plus distanciée et méfiante. J’y vois des envolées du cerveau, pris en traître, privé de son pouvoir de commandement et d’action. Quelque part, c’est pour moi, au mieux, une échappatoire, au pire, une perte de temps.

    C’est avec cette toile de fond que je me suis plongée dans le dernier roman de Chimamanda Ngozi Adichie, Dream Count (en français, L’Inventaire des rêves), à la recherche d’une réponse à ma question persistante.

    D’emblée, je dois annoncer que le livre m’a moyennement convaincue. L’écriture m’est apparue par moments assez paresseuse. J’imagine l’autrice rapatriant des morceaux d’anciens textes (l’histoire de Zikora avait d’ailleurs déjà été publiée, en 2020, dans une nouvelle éponyme) pour rapiécer une trame faiblement soutenue par un personnage principal craintif bien que vagabond. Il faut croire qu’on concède volontiers certaines faiblesses à une pop star littéraire sur le retour, après dix ans d’absence et plusieurs chefs-d’œuvre indiscutables.

    Le roman déroule plusieurs histoires de femmes, chacune aux prises avec ses rêves. Chez Chiamaka, ce sont presque des rêveries, si éloignées du réel qu’elles en deviennent presque absurdes. A l’opposé, sa cousine Omelogor, elle, avance avec détermination. Ses rêves sont des plans d’action ; elle les confronte au monde, elle les impose aux circonstances.

    Les rêves de Kadiatou, autre personnage clé, sont d’une simplicité désarmante. Ils semblent accessibles, presque élémentaires, et pourtant ils lui sont refusés, brisés par une chaîne d’épreuves, dont une, d’une brutalité telle qu’elle raye toute illusion de justice.

    L’histoire de Zikora, quant à elle, est banale, commune, et ses péripéties sont épuisées dans les scénarios de films nollywoodiens. En résumé, une vie prédisposée et planifiée avec précision, à laquelle il manque un mariage, le statut d’épouse, et la consécration d’être mère. Voilà son plan brisé par un homme, insensible et irresponsable, qui piétine sans se retourner toutes ses prières, ses concessions, ses ajustements et réajustements.

    Soit. Ce personnage pose une question difficile, qui m’a prise au dépourvu et secouée. Si même lorsqu’on s’investit activement pour ses rêves, qu’on se contorsionne et qu’on s’entête, ils persistent à dérailler et nous éloigner de nos objectifs, alors sont-ils seulement légitimes ?

    Binta, la sœur aînée de Kadiatou complète cette galerie de femmes. Binta a une force intarissable, inadaptée à son environnement. Elle trouble, électrise parce qu’elle bouge les lignes et se saisit de tout ce dont elle a besoin pour réaliser ses ambitions. Mais elle est arrêtée en plein vol, d’une manière tragique. Son corps se rebelle contre elle, la torture et finit par la briser, alors même qu’on lui tendait enfin une main aidante. Binta, c’est la fatalité qui écrase le génie, les promesses de l’avenir, les rêves. Ses rêves n’étaient-ils pas légitimes ?

    Ces exemples semi fictifs, et d’autres personnels qu’il serait impudique de ressasser ici, portent à croire que, non, tous les rêves ne sont pas légitimes. Ce sont ces rêves qui se brisent devant une réalité trop dure, des circonstances réellement implacables. Ce sont aussi ces rêves qui nous malmènent et nous torturent. Ces rêves qui persistent alors que nous aurions mieux fait de nous résigner devant  leur impossibilité.

    Avec le temps, les rêves brisés et les illusions perdues, je finis par croire que certains rêves n’ont leur place légitime que dans notre imagination. Ces rêves ne servent qu’à rêver. Au mieux, ils permettent d’écrire des histoires. Rêver et écrire : n’est-ce pas là une vie de rêve pour tout amoureux de la littérature ?

  • Spes non confundit, l’espérance ne déçoit pas

    Ce matin, c’est le lundi de Pâques, et le pape François s’en est allé.

    Malgré la maladie qui l’affaiblissait depuis plusieurs semaines, il avait tenu à prononcer la bénédiction Urbi et Orbi la veille, lors de la messe de Pâques. Quel symbole, et quelle grâce pour ces croyants venus célébrer la fin du carême et la résurrection du Christ !

    J’ai grandi dans une famille protestante, où la religion était avant tout un lien culturel. Enfant, j’ai fréquenté l’école du dimanche, puis reçu mon baptême dans une paroisse du centre-ville de Douala. Je garde en mémoire les cantiques en douala chantés par mon père et mes oncles dans leur chorale locale. Comment oublier la messe du soir de la Saint-Sylvestre, où, tous vêtus de blanc, nous chantions ces mêmes cantiques et célébrions le passage à la nouvelle année à coups de « Mbueeeh » et d’embrassades chaleureuses ?

    En vérité, notre pratique religieuse se limitait quasi exclusivement aux temps forts vécus en communauté. Chacun était libre de cultiver, ou non, sa foi, à son rythme et dans le secret de son cœur. Il va sans dire que je me tiens donc à distance de tout prosélytisme. Cette plateforme n’est pas un cheval de Troie pour une évangélisation déguisée, ni un canal de recrutement pour une secte à la mode visant mes semblables.

    Aujourd’hui, je souhaite simplement mettre en lumière la parole d’un homme dont les mots résonnent avec justesse et actualité. Je pense en particulier à la Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, intitulée Spes non confundit, ou L’espérance ne déçoit pas.

    Le pape y prend la défense des migrants, des prisonniers, des malades, des plus faibles, et de tous ceux qui subissent l’oppression : à cause de ce qu’ils sont, de ce qu’ils aspirent à devenir, ou de ce qu’ils n’ont pas eu le choix d’être. Chacun, selon sa situation, peut y trouver un message personnel d’encouragement et de résilience, en ces temps troublés.

    Pour les jeunes, par exemple, il écrit :

    « Il est beau de les voir déborder d’énergie, par exemple lorsqu’ils retroussent leurs manches et s’engagent volontairement dans des situations de catastrophes et de malaise social. Mais il est triste de voir des jeunes sans espérance. Lorsque l’avenir est incertain et imperméable aux rêves, lorsque les études n’offrent pas de débouchés et que le manque de travail ou d’emploi suffisamment stable risque d’annihiler les désirs, il est inévitable que le présent soit vécu dans la mélancolie et l’ennui. »

    Pour les victimes de la guerre, alors que des régions entières sont détruites par la folie de criminels sanguinaires soutenus par des alliés lâches et irresponsables, le Pape appelle à la paix et à la solidarité :

    « Je renouvelle mon appel pour qu’avec les ressources financières consacrées aux armes et à d’autres dépenses militaires, un Fonds mondial soit créé en vue d’éradiquer une bonne fois pour toutes la faim, et pour le développement des pays les plus pauvres, de sorte que leurs habitants ne recourent pas à des solutions violentes ou trompeuses et n’aient pas besoin de quitter leurs pays en quête d’une vie plus digne. »

    Il plaide pour un partage plus juste et équitable des richesses, alors que, partout, la violence économique détériore les conditions de vie :

    « Si nous voulons vraiment préparer la voie à la paix dans le monde, engageons-nous à remédier aux causes profondes des injustices, apurons les dettes injustes et insolvables, et rassasions les affamés. »

    Il n’est pas nécessaire d’être catholique, chrétien, ni même croyant, pour être touché par la disparition du Pape François. L’humanité a véritablement perdu un Père. Aujourd’hui, nous sommes tous un peu orphelins.
    Puisse son message d’espérance nous accompagner, alors même que l’état du monde nous donne toutes les raisons de désespérer.

    Lettre à lire ici : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/bulls/documents/20240509_spes-non-confundit_bolla-giubileo2025.html

  • Raconter le deuil

    Le besoin d’écrire s’est rapidement manifesté face à l’épreuve.
    L’heure de thérapie bimensuelle que je m’accordais depuis un an ne suffisait plus à évacuer mes émotions. Comme un moteur rouillé, mon cœur, s’il devait poursuivre ses fonctions, réclamait une vidange plus régulière, plus immédiate aussi.


    Les écrits consignés dans mon cahier sont confus, mélancoliques, inachevés. Ils sont inexploitables pour une quelconque production littéraire. D’ailleurs, je ne supporte pas moi-même de les lire.


    Le besoin incontrôlable de libérer la douleur via l’écriture n’a rien de curieux ou d’inédit. Ce qui est remarquable, à l’inverse, c’est de sortir son deuil de l’intime pour le partager avec le monde. Mettons de côté les témoignages usuels de proches éplorés durant une éloge funèbre devant un cercle restreint, en terre connue. Ici, il s’agit plutôt d’inviter des anonymes curieux au cœur de sa vulnérabilité la plus brute et la plus laide, alors même qu’on traverse le deuil.

    Après avoir rapidement abandonné mes écrits post-traumatiques, j’ai lu plusieurs récits de deuil.
    Il y a eu quelques déceptions, notamment celui qui promettait de raconter l’après deuil mais livrait finalement une autobiographie suintant les privilèges de caste, à la limite de l’exhibitionnisme malsain. Face à mes propres griffonnages et cette lecture malheureuse, je me suis d’ailleurs souvenue de ce passage de Mohamed Mbougar Sarr dans La plus secrète mémoire des hommes, Prix Goncourt 2021 :
    « Puis, longtemps après, je compris : avoir une blessure n’implique pas qu’on doive l’écrire. Ça ne signifie même pas qu’on songe à l’écrire. Et je ne te parle pas de le pouvoir. »

    Et, finalement, une œuvre s’est démarquée.
    Un carnet sobrement intitulé Notes on Grief dans lequel Chimamanda Ngozi Adichie livre un récit personnel, certainement le plus intime de sa bibliographie. Elle y dévoile ses rituels familiaux, sa relation avec son père et le contexte effroyable de son décès, survenu durant la pandémie de Covid-19.

    Alors que tout cela est à mille lieues de ma réalité, et que ces circonstances sont uniques à l’autrice, une véritable proximité s’est néanmoins installée.
    Son écriture, toujours précise et imagée, a fait renaître « la physicalité du chagrin », ces sensations qui m’ont moi-même accompagnée : la migraine causée par les boucles de questionnements sans fin, le goût âpre du chagrin sous le palais, la lourdeur des réveils dus aux somnifères, le corps qui tremble sous la table au dîner, ou les pleurs qui surgissent devant le miroir de la douche.

    Elle évoque aussi la culpabilité de ne pas avoir agi, ou pas assez, a posteriori, face aux signes annonciateurs du drame, l’angoisse et la frustration d’être maintenue à l’écart de l’organisation des obsèques (dans son cas, les frontières fermées et l’absence de trafic aérien la confinent aux États-Unis pendant de longs mois), et l’impossibilité de se plonger réellement dans le deuil en raison des coutumes et de la bienséance traditionnelles, qui dictent à la famille des postures publiques codifiées.

    Quand bien même la mort de James Nwoye Adichie est au centre du récit, celui-ci transcende les terribles adieux d’une fille à son père et parvient à retranscrire l’universalisme du deuil. Chimamanda Ngozi Adichie décrit la douleur injuste et sournoise, qui ne s’embarrasse ni de la santé, ni de l’âge, ni des accomplissements du défunt. Elle pointe avec justesse les condoléances — sophistiquées ou fainéantes — et les souvenirs brouillés qui ne sont, à cet instant, d’aucun réconfort. Elle s’effondre face à la réalité fatale que l’être aimé s’en est allé et ne reviendra plus.

    À travers Notes on Grief, Chimamanda Ngozi Adichie ne cherche pas à consoler. Elle ne tente pas non plus de donner un sens à l’inacceptable. Elle témoigne, simplement. Et grâce à ce témoignage, elle aide à se sentir moins seule dans le chaos.

    C’est peut-être cela, au fond, l’intérêt de raconter son deuil : raconter non pas pour se délivrer ou encore moins guérir mais pour se lier à l’autre dans une humanité commune, presque banale.

    Là encore, Mohamed Mbougar Sarr l’a parfaitement saisi et l’écrit sans détour : « Le temps est assassin ? Oui. Il crève en nous l’illusion que nos blessures sont uniques. Elles ne le sont pas. Aucune blessure n’est unique. Rien d’humain n’est unique. Tout devient affreusement commun dans le temps. Voilà l’impasse ; mais c’est dans cette impasse que la littérature a une chance de naître. »

  • Intelligence artificielle: moins d’images, plus de lecture

    Comment produire une pensée originale sur l’intelligence artificielle au moment où le sujet est sur toutes les lèvres ?
    En permanence analysée par les penseurs sceptiques, galvanisée par les scientifiques sur prometteurs, décortiquée par les journalistes inépuisables et maltraitée par les créateurs de contenus putaclics, l’IA interpelle mais continue sa course inarrêtable.


    Depuis le 26 mars 2025, elle a franchi une nouvelle frontière lorsqu’OpenAI, la société mère de ChatGPT, a lancé une IA générative capable de réaliser des images imitant le style du Studio Ghibli.
    Il n’en fallait pas plus pour que des images retouchées inondent les écrans. Elles mettent en lumière, pour ceux qui veulent bien le voir, une déresponsabilisation collective face à la place des IA génératives.


    Qu’est-ce qui nous autorise à nous approprier, sans compensation, un style unique et le travail de plusieurs années pour notre amusement personnel ? Hayao Miyazaki, cofondateur de Studio Ghibli, a d’ailleurs exprimé son opposition à l’art généré par IA, le qualifiant d’insulte à la vie.


    Ces réflexions ne sont pas réservées aux législateurs : soyons courageux et osons voir, au-delà d’une tendance qui défile, un réel basculement de notre rapport à l’art, à l’éthique et à la propriété intellectuelle.

    Parce que d’autres sont plus experts et complets sur le sujet, je vous recommande deux lectures coup de cœur pour approfondir la réflexion.

    Dans son essai Diriger l’IA, Maurice Ndiaye interroge notre avenir technologique: quel cap voulons-nous lui donner ? Quelle gouvernance imaginer face à une technologie qui échappe souvent à ceux qu’elle impacte le plus ? Et surtout, comment remettre du sens – éthique, social, politique – au cœur d’un domaine trop souvent capturé par les logiques de performance et de profit ? Cette lecture est précieuse pour celles et ceux qui veulent encore croire à une possible maitrise des créations technologiques.

    Et comme chaque 1er avril, Le Gorafi a rangé le sarcasme pour livrer une charge implacable contre l’IA générative artistique, dans un article d’une rare justesse. Une tribune féroce sur le vol, l’ignorance, et le renoncement à la pensée critique — à lire d’urgence, surtout si vous croyez encore que tout cela n’est qu’un gadget.

    Essai: https://www.editions-hermann.fr/livre/diriger-l-ia-maurice-n-diaye

    Article: https://www.legorafi.fr/2025/04/01/poisson-artificiel/

  • Autocritique de mon parcours de lectrice

    Mon premier contact avec la lecture se fait à Douala, la ville où j’ai grandi et passé mon enfance.

    Je ne saurai dire à quel âge j’ai su lire mais deux souvenirs restent très nettement imprimés dans ma mémoire.

    A l’école primaire, le maître avait demandé à la classe de préparer la lecture d’un extrait de texte à la maison. Rassurée par mes bons résultats scolaires, je choisis de ne pas réviser le texte et d’occuper mon week-end aux dessins animés et aux jeux. Quelques minutes avant le cours du lundi matin, un camarade, qui avait préparé le devoir avec son père me partagea sa surprise d’y apprendre que le mot écrit f.e.m.m.e se prononçait « femme ». J’avais surestimé mes facilités de lecture. Le texte était difficile et sauf cette discussion chanceuse, j’allais au-devant d’une sévère réprimande durant l’exercice de lecture à haute voix.

    Un autre souvenir me ramène à un samedi particulier. Ma mère m’avait emmenée au Centre Culturel Français à Bonanjo me permettant d’entrer pour la première fois dans une médiathèque. Impressionnée par la bibliothécaire, les lecteurs expérimentés et cet espace nouveau dont l’organisation m’échappait, je n’ai pas osé quitter le coin où ma mère m’avait installée pour faire une course aux alentours.

    J’ai donc passé une heure à lire précisément de la mécanique et des sciences sans rien y comprendre. Quelques minutes avant le retour de ma mère, j’ai enfin trouvé le courage de m’aventurer dans le rayon livres jeunesse et débuter un roman plus accessible. Je n’ai pas contenu ma joie en apprenant qu’il suffisait d’une carte de membre pour emporter à la maison les livres qui me plaisaient et que je pourrai, vraiment, comprendre cette fois-ci.

    Au-delà des anecdotes enfantines, je vois dans ces deux moments l’opportunité d’explorer mon lien à la lecture et aux livres.

    J’ai longtemps sacralisé les livres et orienté mes lectures avec un prisme réducteur : seule la littérature, voire la « grande » littérature méritait mon attention. Mes lectures répondaient à une grille de validation à deux entrées, dessinée par mon éducation familiale et mon parcours académique, élitistes, à la frontière fine du snobisme.

    D’une part, la validation des éditeurs qui confirment la plume unique de l’auteur et le génie de la production. De l’autre, la validation des professeurs, écoles et académies littéraires qui lui attribuent le statut d’œuvre fondamentale à lire. L’intérêt et l’admiration que je ressentais pour l’ouvrage naissaient de son respect des codes institutionnels, avec au premier rang l’excellence de la langue.

    Aujourd’hui, je tente d’observer sans jugement ces réflexes dont j’ai longtemps été prisonnière. Pourtant, une part de moi demeure en colère face à ce conditionnement et à la violence qu’il a engendrée. Une violence d’abord exercée sur moi-même, en m’empêchant d’accéder au plaisir brut de la lecture hors cadre. Mais aussi une violence dirigée vers les autres, en érigeant, parfois à mon insu, un rempart de mépris de classe entre ma conception de la lecture et les leurs.

    Je me réjouis des nouvelles expériences et rencontres qui, non sans résistance, ont progressivement déplacé les lignes.

    C’est arrivé par ce roman salué par la critique unanime, auréolé d’un prestigieux prix littéraire, et pourtant impossible à terminer. J’en ai conclu, en raison de ma grille prête à juger et réprimer, que les séries faciles et la télé-réalité abrutissante m’avaient rendue incapable d’interpréter une narration subtile et des personnages complexes. Comment aurais-je pu m’autoriser à ne pas aimer un roman acclamé en hauts lieux?

    A d’autres moments, ce fut l’achat des « meilleures ventes » exhibées en tête de gondoles chez les libraires. Elles m’ont attirée et j’ai découvert des auteurs populaires racontant des intrigues captivantes avec une langue accessible et légère mais non sans style. J’allais donc me laisser duper ces éditeurs qui corrompent leur mission sainte pour s’assurer des ventes record ?   

    Je pourrais aussi citer les publications sur l’hyper actuel développement personnel. En anglais et en français je me suis laissée entrainer par ceux qui avaient, d’après eux, métamorphosé leurs routines et schémas de pensée grâce à une méthode transposable à tous. Je manquais à ce point de clairvoyance pour tomber dans de si grosses ficelles ?

    Ces œuvres, créant un rejet ou une surprise, ont fissuré mes certitudes. Peu à peu, elles m’ont appris à lire autrement. Je lis pour m’éduquer. Je lis pour m’informer. Je lis pour m’inspirer. Je lis pour critiquer. Je lis pour me transformer. Je lis pour me guérir. Je lis parfois pour copier. Je lis librement.

    A Douala, Paris ou ailleurs, je parcours confiante, les bibliothèques, librairies, salons littéraires, et profite sans restrictions de tous ces livres qui s’additionnent et cohabitent dans mon esprit affranchi.

  • Enfin blogueuse!

    Il y a quelques jours, j’ai publié un post sur mon compte Instagram personnel et privé retraçant une journée de balade parisienne. Comme souvent, dans les commentaires et la messagerie, mes proches me questionnent sur une possible future carrière d’influenceuse.

    Mon audience en est convaincue : publier occasionnellement les coups de cœur de mon quotidien francilien ou des morceaux choisis de voyage, rehaussés par des filtres et des angles stratégiques, doit nécessairement aboutir à une plateforme dédiée et monétisée. L’influence sur les réseaux sociaux apparaît comme l’issue évidente et la consécration ultime.

    Alors, comment expliquer la création d’un blog à l’heure où YouTube, Instagram et TikTok, promettent des rémunérations généreuses ?

    Je contemple l’idée d’écrire depuis aussi longtemps que je me souvienne. Pendant l’enfance, quand tout semble possible, j’ai même lorgné sur une carrière d’écrivaine ou de journaliste. Vers l’âge de sept ans, j’avais déjà interrogé ma mère sur les démarches à suivre pour publier mon manuscrit à venir. Vingt-cinq ans plus tard, il se fait toujours attendre, tandis que ma maman n’en lira jamais une ligne.

    Pourtant, je n’ai jamais cessé d’écrire.

    À l’adolescence, des messages de flirt maladroits et souvent regrettés, puis des posts Facebook habiles récoltant leur lot d’émojis et de commentaires. Étudiante, des dissertations en deux parties et deux sous-parties, et quelques articles pour un think tank afro-responsable. Dans ma vie professionnelle, des présentations percutantes pour les clients de missions de conseil ainsi que les innombrables e-mails qui rythment les journées des travailleurs de bureau.

    Aujourd’hui, le blog s’impose finalement comme le support idéal.

    Pour garder une trace de ce qui m’anime à l’intérieur, sous les couches robustes et le partager avec le monde.

    Pour profiter de la liberté des formats longs ou courts, des récits personnels ou fictifs, et du ton léger ou plus grave.

    Pour libérer mon écriture, trop longtemps mise au service de conventions rigides, désormais éloignées de ma vision du monde et de mon quotidien.

    Pour construire une plateforme épurée, en retrait des tendances de surconsommation impulsive, de la dysmorphophobie et des mises en scène malsaines de nos vies numériques.

    Ici, l’écriture sera donc dédiée à mes centres d’intérêt, peaufinés avec le passage du temps et les expériences vécues :

    • Lectures
    • Confidences
    • Inspirations
    • Voyages et balades

    Bienvenue et merci de me lire.